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Jean Christophe Cros

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Haïku

Notice

I.

(draps ou rideaux de théâtre)

elle
l’avertit d’une légère pression des doigts
révéler partiellement quelque chose

pression artérielle
voir aussi
devant les yeux
la communication de la bouche
la structure intime
déjà vécu
ou qui reste à vivre

ni envers ni endroit

(rentrer avant qu’il ne pleuve)

II.

une étoffe
portée au visage

tissus rabattue pour former cette ligne
le long de la laquelle le courant est le plus intense
« hors de »
l’oeil

îlot de fleur
de feuilles de mousse

zone de pluie torentielle
elle repose

GEOL.
sans rupture de continuité

III.

élaboration mentale quelconque
:
une carte du ciel
destinée à contenir
à changer furtivement

des initiales
M : (système locomoteur)
A : (appareil digestif et métabolisme)
langage secret
qui décrit de manière déguisé
des personnages
des évenements réels
qui se rencontrent parfois
au-dessus de nos têtes

IV.

fig. 1
retirer ses yeux
en arrière

fig. 2
tenir
contenir
par gros temps

son départ tient à plusieurs facteurs

ne rien faire de plus ne pas aller au-delà

fig. 3
placer
à quelle époque placez-vous cet évenement

être empêché de parler par une personne bavarde morte

fig . 4
refermer
les yeux

fig. 5
appuyer
placer une chose contre une autre (afin de la rendre stable)
:
un baiser sur son front

fig. 6
expirer
(l’air)
à l’aube
sur ses lèvres

fig. 7
fig. 8
voir plus haut

fig. 9
après
vide (dans le temps)
dans l’espace
après que

—————-
Texte publié dans les revues :
-DOC(K)S
et
-22 (montées) des poètes

Drôle de ciel

d’un bleu
totalement rond
apparaît

des voix
d’à peine quelques jours
d’hésitation
que le blanc recouvre déjà

*

(ne pas démaquiller les fragments d’immensité)

*

il pleut
je ne sais ou
des bruits
que je ne contiens pas

*

collée à la tête
la vitre s’endort

l’oreille observe
de ses longs cils
ces trains qui nous ramènent
vers des vélos inversés

*

dans le creux
un temps
pourquoi ça s’apprend

trop bas
l’idée de tribune
(on comprend peut-être)

il est dans le lit
et elle portant des pancartes

elle tout à coup
sur l’image
(à devenir imprudente)
encore remués
les jambes et les seins
sortis je me rappelle
à cet ennemi

*

sur l’image
je leurs demandais
des hanches universelles
que l’on défait

je lui demandais
pour que les cheveux repoussent
écoute l’oubli

mais
(la croix dans sa stupéfaction
ne répond pas tout à fait)

*

la surface lisse d’un rêve
se regarde les pieds
la cafetière est seule

*

au bord de l’eau une lèvre vit une bouche

*

au-dehors vêtues de nudité
deux filles
ensemble
sont et si belles
de bouches et de lèvres

*

ta voix
n’a jamais été plus belle
que dans tes lettres

le téléphone grelotte

les pinces-à-linges regardent
le ciel suspendu

les corbeaux ne sont plus constipés
l’été est passé

le chien observe le monde
par le trou
d’un vieux niveau orange

le réparateur sonne
dans les arbres
des ballons immobiles

*

je rêve
pas
à
pas
à une distance
de nuit commune

l’éther
(cils de mots blancs
incompréhensibles)
repose sur la nappe

——————————
Recueil « Drôle de Ciel » (extraits)
Editions Gros Textes

Haïku

de son fauteuil roulant
l’enfant ne voit par la fenêtre
que le ciel
*
*
*
*
*
*
doigt sur la bouche
une femme assise dans le train
transporte un secret (1)
*
*
*
*
*
*
ce soir pas d’auto
la lune traverse la route
je l’accompagne (1)
*
*
*
*
*
*
j’aimais pas le train
aujourd’hui c’est différent
jolie contrôleur (1)
*
*
*
*
*
*

au McDonald
tous mes doigt dans un Big-Mac
passe un sans-le-sou (1)

*
*
*
*
*
*

une petite fille
en trottinette rattrape
son papa à pied (1)

*
*
*
*
*
*
nuit sans lune
dans un verre d’eau une aspirine
disparaît (2)
*
*
*
*
*
*
le pin se courbe
dans mon bol de café noir
ma tartine (2)
*
*
*
*
*
*
rivières en crue
le grand peuplier blanc
une jeune pousse (2)
*
*
*
*
*
*
sous l’ondée
les cerisier en fleur
tes cendres trop lourdes (2)
*
*
*
*
*
*
aux obsèques
les réponses du prêtre
les questions de la petite (2)
*
*
*
*
*
*
rafale de vent
le teckel sur trois pattes
fait ce qu’il peut (2)
*
*
*
*
*
*
Grand-mère sous oxygène
Près d’elle coule une rivière
Ne pas pleurer (3)
*
*
*
*
*
*
au pied d’un arbre
un chat lorgne un corbeau
tous les deux si noirs (4)
*
*
*
*
*
*
plus de corbeaux
que de graines en terre
soir de septembre (4)
*
*
*
*
*
*
contre mon écran
a buté une mouche haletante
dans un peu de soleil
*
*
*
*
*
magnolia cueilli
sept jours que tu es morte
la fleur s’entre-ouvre
*
*
*
*
*
enlassés
mes mains dans ses poches de jeans
mon amie enrhumée
*
*
*
*
*
discussion
elle les yeux fixés sur lui
lui sur son portable
*
*
*
*
*
forte détonation
sur le pommier perchées
les poules et le coq
*
*
*
*
*
a la fenêtre
les flocons tombent tombent
mon café est froid
*
*
*
*
*
le train va partir
l’homme cour arrive tout juste
mais pas dans le bon
*
*
*
*
*
une rencontre
elle et lui avec leur chiens
bien plus entreprenant

*
*
*
*
*
ton armoire vidée
quelque cintre
oscille légèrement
*
*
*
*
*

Troupeaux de moineaux
agglutinés sur un banc
et le ciel si vaste
*
*
*
*
*
« près de la banque »
a dit la veille » seulement
elle n’existe plus »
*
*
*
*
*
l’été nous quitte
rouleau de PQ vide
cul nu ça caille
*
*
*
*
*
la fille s’arrête
dépose l’insecte de coté
et reprend sa route
*
*
*
*
*
matin humide
des gens sortent du brouillard
le train est arrivé
*
*
*
*
*
là en pleine rue
un chat fait sa toilette
embouteillage
*
*
*
*
*

dans sa cuvette jaune
le chat a nouveau lové
près du chauffage
*
*
*
*
*

le chat sur la chaise
la chaise ssur la table
en dessous j’aspire
*
*
*
*
*
septembre fini
sur le sol j’écris pour me
rapprocher de toi
*
*
*
*
*
pour ce dimanche
des lasagnes mais le plat
le chat est dedans
*
*
*
*
*
une veille à la caisse
chocolat aux amendes
et pot pour bébé
*
*
*
*
*
agitant les bras
un enfant yeute le ciel
biberon au bec
*
*
*
*
*
six heure du matin
le chant des oiseaux couvre
encore le traffic
*
*
*
*
*
dans le canal
deux cygnes et leurs petits
suivit d’un caddy
*
*
*
*
*
A la vitre
un visage raccommodé
par la pluie
*
*
*
*
*
bien camouflé
un grillon mitraille
le calme des lieux
*
*
*
*
*
au bout de son fil
une araignée immobile
fixe la tempête
*
*
*
*
*
deux limaces noires
copulent dans une bave
couleur de lune
*
*
*
*
*
bouquet de rose
film d’horreur à l’écran
une pétale tombe
*
*
*
*
*
tout près du marché
sous les grands marronniers
des choux de Bruxelles
*
*
*
*
*
*
une mouche
presque écrasé entre deux pages
d’un cahier noir
*
*
*
*
*
*
magnolia cueilli
sept jours que tu es morte
la fleur s’entre-ouvre
*
*
*
*
*
enlassés
mes mains dans ses poches de jeans
mon amie enrhumée

*
*
*
*
*
à la fenêtre
les flocons tombent tombent
mon café est froid
*
*
*
*
*
dans l’herbe haute
le bout de la queue du chat
joue à saute-souris
*
*
*
*
*
en rebord de fenêtre
un nuage blanc perd ses poils
le ciel miaule il pleut
*
*
*
*
*
minuit vingt-cinq
un grain de poussière vole
au-dessus du lit
*
*
*
*
*
ton nom dans google
et nul trace de toi
dans la neige des pas

———————————-

(1)
Chevaucher la lune
Anthologie du haïku contemporain en français
Les éditions David, 2001

(2)
D’un ciel à l’autre
Edition AFH, 2006

(3)
Éclair soudain
Edition AFH & Ex Ponto, 2005

(4)
Anthologie du Haïku en France
Editions Aléas, 2003

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